Suite à l’arrivée récente des chutes de neige sur le massif Vosgien en ce début décembre, nous avons décidé de monter le lundi matin sur les sommets afin de profiter des premières ambiances hivernales. Il pleuvait en plaine mais nous étions rassurés par la température qui baissait au fur et à mesure de notre ascension. Les conditions promettaient d’être ardues car nous étions en pleine limite pluie/neige avec du vent soutenu en rafales.
Dès la sortie de la voiture nous subissons les assauts de l’hiver, notre équipement sur le dos nous nous sommes enfoncé dans la nature. Malgré un manteau neigeux irrégulier, le vent a déjà formé des congères où nous nous enfonçons jusqu’au genou. Les raquettes, dans le coffre de la voiture…, auraient pu nous être utiles pour nous faciliter la montée.
Il est 8 heure et demi du matin et nous sommes absolument seuls, à proximité du sommet le vent redouble d’intensité et la neige mouillée nous cingle violement le visage. Nous avançons courbés en deux en luttant pour tenir debout. Nous décidons d’emprunter le sentier de gauche à la bifurcation et nous nous dirigeons plein nord. La visibilité n’est que de quelques mètres, pour une ambiance hivernale on est servi! Nous avançons péniblement, sans parler car le vent est si fort que nous sommes obligé de se crier à l’oreille pour se comprendre.
Le sentier, utilisé par quelques promeneurs durant le week-end est balayé par la neige et les bourrasques. Dans les traces notre regard est soudain attiré par une empreinte d’une taille impressionnante. Nous continuons à relever la piste, nous trouvons une belle série d’empreintes bien rectiligne qui longe la crête en direction du nord.
L’excitation est à son comble, est-ce lui ? Nous photographions les empreintes avec un capuchon d’objectif et notre main pour lui donner toute sa dimension. Ces empreintes sont énormes, elles font presque dix centimètres de large !
Nous suivons la piste sur 400 mètres, elle continue mais nous capitulons face aux éléments. Nous sommes trempés, congelés par le froid et le vent, continuer sur ce terrain et dans ces conditions serait trop dangereux. Nous rebroussons chemin, l’adrénaline de cette rencontre coule dans nos veines.
De retour nous transmettons les images à Alain LAURENT de l’ONCFS pour authentification et nous lui expliquons par téléphone les conditions de notre observation. Après analyse des photographies, nous avons bien suivi la piste d’un grand canidé car ces traces sont vraiment impressionnantes. Au regard de la météo et de la qualité des empreintes, tout indique que l’animal est passé très peu de temps avant nous. De plus il n’y a avait pas d’autres promeneurs sur la zone à cette heure. La piste suivie par l’animal était parfaitement rectiligne sur plusieurs centaines de mètres.
L’ONCFS a classé cette observation en « probable », en effet une empreinte nécessite un autre type d’observation en complément (visuelle, proie, poils ou excréments) pour passer en statut « confirmé ». Mais il y a de très fortes probabilités que ce soit la piste du loup que nous avons suivi car il a été signalé dans cette zone la semaine précédente.
Loup gris d'Europe photographié au National bayerisherWald Park en Allemagne.
Cette rencontre a été un moment qui restera gravé dans nos mémoires, car notre intime conviction est que nous avons bien croisé la piste du loup des Vosges. Nous allons repartir sur cette zone pour élargir nos recherches, en espérant que la météo soit plus clémente et surtout que nous puissions relever d’autres indices qui permettrons alors à l’ONCFS de classer ces éléments en « confirmé ».
Noël approche, espérons que nous aurons ce petit cadeau à mettre sous le sapin… On vous laisse les amis, on a une piste à remonter!!
Article et photos: Jeremy LICHTE & Sebastien RIOTTO
